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Faire notre demeure en Jésus

P. Thomas Rosica

Monday, April 30, 2012

Cinquième dimanche de Pâques
Actes 9,26-31; 1 Jean 3,18-24; Jean 15,1-8
Dans l’Évangile de Jean (15,1-8) que nous lisons pour ce cinquième dimanche de Pâques, on nous présente l’image de la vigne et des sarments pour exprimer la relation entre le Christ et ses disciples. De prime abord, cela nous paraît bien simple, mais en y regardant de plus près, nous sommes soudainement remplis d’un sentiment de mystère, d’émerveillement et de beauté, qui nous invite à en vouloir toujours plus.
Les sarments d’une vigne ont une relation intime avec le cep : ils dépendent de lui à tout moment et ne forment qu’un seul organisme avec lui. La vigne, moins familière dans nos climats du Nord, est bien connue au Moyen-Orient, où beaucoup de familles ont dans leur jardin une vigne, un figuier ou des oliviers.
Jésus raconte aux personnes qui le suivent qu’il est la vigne véritable et qu’elles sont les sarments dont le devoir est de porter du fruit en partageant sa vie : « Moi, je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron. Demeurez en moi, comme moi en vous. Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voudrez, et vous l’obtiendrez. En dehors de moi, vous ne pouvez rien faire. » (Jean 15,1.4-5.7).
Bien que les images du Christ comme roi et seigneur, enseignant, berger et juge ont leur propre importance car elles nous montrent comment nous sommes reliés au Christ, elles doivent être équilibrées par d’autres images comme celle de la vigne, qui intègre le disciple à la vie du Christ et le Christ à la vie du disciple, dans une unité intime et une proximité que les autres images n’arrivent pas toujours à suggérer.
Le passage d’aujourd’hui est une des descriptions classiques de la spiritualité chrétienne authentique. L’image de la vigne, en nous invitant à approfondir notre vie spirituelle, situe cette quête personnelle dans le contexte plus ample de la famille de Dieu, qui traverse le temps, d’Abraham à l’époque actuelle et au-delà, et qui s’étend de l’aire du Moyen-Orient du premier siècle aux quatre coins de la terre aujourd’hui.
Si Jésus est la vigne, nous sommes appelés à « demeurer », à « vivre », à établir notre maison « en lui ». Le texte de l’Évangile nous interpelle : comment maintenir l’intimité avec le Dieu Vivant alors que nous essayons d’obéir à notre vocation de porter du fruit pour le monde? Que signifie « demeurer », « habiter » dans la vigne, être attaché intimement à Jésus?
Demeurer en Jésus suppose qu’on fasse partie intégrante de la vie de l’Église, qu’on s’engage chaque jour et chaque semaine dans une relation de fraternité avec son peuple, par le soutien mutuel, la prière, le culte, la vie sacramentelle, les études et, naturellement, par le travail pour l’Évangile dans le monde. Dans chaque célébration eucharistique, nous sommes attirés dans cette relation intime avec Jésus lui-même et les uns avec les autres autour de la table.
La spiritualité chrétienne authentique est la connaissance personnelle de Jésus Christ, qui s’est livré pour nous comme la vigne donne sa sève aux sarments afin que nous puissions diffuser son amour et porter du fruit pour la gloire du Père. C’est le cœur du mystère de l’Eucharistie. Et dès que Jésus introduit le thème de la vigne et des sarments dans l’Évangile, il parle de son père, le vigneron. Or le Père fait deux choses qui exigent un couteau. Chaque sarment qui ne porte pas de fruit, il l’enlève, le coupe; chaque sarment qui porte du fruit, il l’émonde afin qu’il porte plus de fruit.
La spiritualité à laquelle nous invite ce passage de l’Évangile n’est pas une affaire de croissance personnelle effrénée, qui viserait à développer tous les talents et tout le potentiel que nous pourrions découvrir en nous-mêmes. En suivant Jésus et en le connaissant mieux, nous voyons qu’il nous demande de nous soumettre au sécateur : de couper certaines choses de notre vie, des branches bonnes en elles-mêmes, pleines de sève et qui auraient le potentiel de donner du fruit, pour que puisse se développer quelque chose d’autre. L’émondage est toujours un processus difficile. C’est une sorte de perte, de mort même. C’est en maniant le sécateur que le vigneron est le plus proche de sa vigne.
L’appel à rester attaché au cep est un appel à connaître Jésus d’une manière plus intime. Jésus n’est pas une idée, mais une personne. Les vrais disciples de Jésus dépendent de la présence et de l’activité du Christ en eux pour le renouvellement de leur propre vie en une vie de foi et d’amour. Les vrais disciples ne peuvent renouveler la vie des autres que lorsqu’ils sont branchés à Jésus, « greffés » à sa vie, laissant Sa présence couler dans leur cœur et dans leur esprit.
Les images de la vigne et du vignoble sont magnifiquement juxtaposées dans ce passage très connu de Lumen Gentium 6, la Constitution dogmatique sur l’Église du Concile Vatican II :
« L’Église est la terre que Dieu cultive, ou encore son champ. Dans ce champ grandit l’antique olivier dont la racine sainte fut constituée par les Patriarches et dans lequel s’est faite et se fera la réconciliation des Juifs et des Gentils. L’Église a été plantée par le céleste Cultivateur comme la vigne choisie. Le Christ est la vraie vigne qui donne la vie et la fécondité aux sarments, c’est-à-dire à nous qui par l’Église demeurons en lui; et sans lui nous ne pouvons rien faire. »
Pour illustrer cette dépendance, cette greffe au Seigneur, permettez-moi de vous partager quelques paroles d’une grande femme de l’Église, sainte Thérèse Bénédicte de la Croix (Édith Stein) (1891-1942), carmélite, martyre, co-patronne de l’Europe, une femme qui savait ce que c’est que d’être intimement liée au Seigneur. Ces propos sont tirés de son essai sur la femme (traduction libre).
« L’idée de l’Église comme communauté de fidèles est le concept le plus accessible à la raison humaine. Quiconque croit au Christ et à son Évangile, espère en l’accomplissement de sa promesse, se tourne vers Lui avec amour et garde ses commandements, se doit de s’unir à tous ses semblables dans la plus profonde communion de cœur et d’esprit. Ceux qui ont suivi le Seigneur lors de son séjour sur Terre ont été les premières semences de la grande communauté chrétienne; ils ont diffusé cette communauté et cette foi qui les gardaient unis, jusqu’à ce que nous en héritions aujourd’hui.
« Mais si même une communauté humaine naturelle est plus qu’un simple regroupement d’individus, si même ici nous observons une évolution vers une unité organique, la chose doit être encore plus vraie de la communauté surnaturelle qu’est l’Église. L’union de l’âme au Christ diffère de l’union des personnes dans le monde : c’est un enracinement et une croissance en lui (ce que nous dit la parabole de la vigne et des sarments) qui commence au baptême et qui est constamment renforcée et façonnée de diverses manières par les sacrements. Toutefois, cette union réelle au Christ implique la croissance d’une véritable communauté parmi les chrétiens. Ainsi l’Église forme-t-elle le Corps mystique du Christ. Ce Corps est un Corps vivant, et l’esprit qui anime ce Corps est l’esprit du Christ, diffusé de sa tête vers tous ses membres (Éphésiens 5, 23.30). Cet esprit du Christ est l’Esprit Saint; c’est pourquoi l’Église est le temple de l’Esprit Saint (Éphésiens 2, 21-22). »
Cette semaine, prions pour que notre appartenance au Christ soit réelle et profonde, pour qu’elle dépasse la turbulence à la surface de l’existence. Puisse la vie même du Christ passer par nous pour ainsi construire son Corps, qui est l’Église.
 
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