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Jésus, bel et noble berger

P. Thomas Rosica

Tuesday, April 24, 2012

Quatrième dimanche de Pâques - 29 avril, 2012
Actes 4,8-12; 1 Jean 3,1-2; Jean 10,11-18
Dans la Bible et dans le Proche-Orient ancien, « berger » était un titre politique qui exprimait l’obligation pour les rois de s’occuper de leurs sujets. Ce titre évoquait la sollicitude et le dévouement aux autres. S’occuper d’un troupeau était l’un des éléments importants de l’économie palestinienne au temps de la Bible. Dans l’Ancien Testament, Dieu est appelé le Berger d’Israël qui va devant le troupeau (Psaume 67,7), le guide (Psaume 22,3), le mène vers l’eau et la nourriture (Psaume 22,2), le protège (Psaume 22,4) et porte ses petits (Isaïe 40,11). Imprégnant ainsi la piété des croyants, la métaphore souligne que tout le peuple est sous la protection de Dieu.
L’auteur du psaume 22 nous parle du Seigneur comme de son berger. Mais il parle aussi du berger comme hôte. Le berger et l’hôte sont deux images qui ont le désert pour fond de scène car le protecteur des brebis est aussi le protecteur des voyageurs du désert, celui qui offre l’hospitalité et la sécurité face aux ennemis. Le bâton sert à se défendre contre les animaux sauvages alors que la houlette permet de ramener les bêtes qui s’écartent du troupeau. Ils symbolisent la sollicitude et la loyauté.
Le Nouveau Testament ne juge pas autrement les bergers: ils connaissent leurs brebis (Jean 10,3), cherchent celle qui s’est égarée (Luc 15,4ss.), et sont prêts à risquer leur vie pour leur troupeau (Jean 10,11-12). Le berger peut donc représenter Dieu lui-même (Luc 15,4ss). Le Nouveau Testament ne qualifie jamais Dieu de berger et c’est seulement dans la parabole de la brebis perdue qu’apparaît cette comparaison (Luc 15,4ss et Matthieu 18,12ss). Dieu, comme l’heureux berger de la parabole, se réjouit du pardon et de la réhabilitation du pécheur. Le choix de l’image du berger reflète clairement le contraste entre l’amour de Jésus pour les pécheurs et le mépris des Pharisiens à leur endroit. Nous pouvons dire en fait que le récit des disciples d’Emmaüs chez Luc, que nous avons lu la semaine dernière, est un aspect de la mission de Jésus qui se continue : la poursuite des disciples égarés était déjà préfigurée dans la parabole du berger qui part à la recherche de la brebis perdue, la retrouve et la ramène au troupeau (15,3-7).
La confiance
En ce quatrième dimanche de Pâques, nous retrouvons le Bon Pasteur qui est réellement le bel et noble berger (dans le texte grec) et qui connaît intimement son troupeau. Jésus connais- sait des bergers et avait beaucoup de sympathie pour eux. Il s’appuie donc sur l’une de ses métaphores préférées pour nous faire comprendre que nous pouvons avoir confiance en lui. Ceux qui ont entendu Jésus revendiquer ce titre y voyaient plus que de la tendresse et de la compassion. Dramatique, bouleversant, l’amour devient si fort que le berger est prêt à donner sa vie pour son troupeau.
Contrairement à l’ouvrier qui travaille pour son salaire, la vie du bon berger est vouée à ses brebis par pur amour. Elles sont bien plus qu’une simple responsabilité pour le berger – qui en est aussi le propriétaire. Elles sont l’objet de ses soucis et de son amour. Ainsi, il n’y a aucun égoïsme dans le dévouement du berger. Il est prêt à mourir pour ses bêtes plutôt que de les abandonner.
La beauté de Jésus, notre Bon Berger, tient à l’amour avec lequel il donne sa vie pour chacune de ses brebis. Il établit une relation d’amour intense et personnel avec chacune d’elles. C’est en se laissant aimer de nous que Jésus nous révèle sa beauté et sa noblesse. En Lui, nous découvrons le Père et le Fils, bergers qui nous connaissent et nous aiment, jusque dans nos entêtements et nos erreurs.
On a parfois l’impression que les disciples ou les partisans doivent faire passer les besoins du chef en priorité. Les personnes deviennent alors des moyens au service d’une fin : le plaisir du chef. N’est-ce pas que les bergers passent souvent en premier, les brebis en dernier? L’Évangile de ce weekend porte sur les brebis et leur bien-être. Le berger est le moyen en vue de la fin, qui est le bien-être de son troupeau. L’Évangile de Jean nous présente donc Jésus comme le berger qui donne la vie.
Les vocations
Le quatrième dimanche de Pâques est aussi la Journée mondiale de prière pour les vocations. Les lectures soutiennent très bien notre prière pour que le Maître de la Moisson et de l’Église envoie plus d’ouvriers dans ses vastes vignobles. En tant que modèle de leadership religieux, Jésus nous montre que l’amour est le seul moteur possible pour le ministère, en particulier pour le ministère pastoral. Il nous montre aussi qu’il ne doit pas y avoir d’exclusion de la part du leader religieux. S’il y a des brebis hors de la bergerie (même si le troupeau exclut parfois ses propres brebis), le bon berger doit aller les chercher. Et il doit les ramener pour qu’il y ait un seul troupeau sous un seul berger. Ce qui motive cette démarche c’est l’amour, pas la justice sociale, pas la morale, ni la simple tolérance, et certainement pas la « rectitude politique » ou l’étalage de statistiques impressionnantes. Seul l’amour peut tracer un cercle qui inclut tout le monde.
Les bergers ont du pouvoir sur leurs brebis. Alors que nous contemplons Jésus, le Bon Berger, nous songeons à chacune des personnes sur lesquelles nous exerçons une autorité quelconque : les enfants, les parents âgés, les collègues, les personnes qui nous demandent de l’aide pendant la semaine, celles qui dépendent de nous pour des besoins matériels et spirituels. Quel que soit le titre que nous portons, notre bâton et notre houlette doivent être symboles de dévouement et non d’oppression. Les lectures d’aujourd’hui nous invitent à demander pardon pour les fois où nous n’avons pas répondu aux appels de ceux et celles qui nous sont confiés, et à demander la grâce d’être de bons bergers. Nous fixons de nouveau notre regard sur le Bon Berger qui sait que les autres brebis qui ne sont pas dans son enclos ne sont pas pour autant perdues, et qu’elles sont bien ses brebis.
Un dernier mot à propos des bergers. Les anthropologues nous disent que les bergers ont traversé les âges. Ils ont fait le pont entre l’ère des cueilleurs-chasseurs et celle des agriculteurs. C’est pour cette raison que les bergers apparaissent dans les sagas et les mythes anciens comme symbole de l’unité divine entre des éléments opposés. Les païens d’autrefois ont pressenti là quelque chose que les chrétiens ont réalisé pleinement : Jésus Christ est le grand réconciliateur. C’est Lui, le Bon berger, qui vient au cœur de chaque grand conflit pour y instaurer la beauté, l’unité et la paix.
Puisse-t-il inspirer tous ceux et celles qui essaient d’être de bons bergers aujourd’hui, dans l’Église et dans le monde. Et quand nous pénétrons dans les lieux de conflit et de tribulations, puisse le Seigneur faire de nous ses instruments pour restaurer la beauté, la noblesse, l’unité et la paix. 
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