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Jusqu’où aller pour rencontrer Jésus?

P. Thomas Rosica

mardi 14 février 2012

Septième dimanche du temps ordinaire
Isaïe 43,18-19.21-22.24c-25; 2 Corinthiens 1,18-22; Marc 2,1-12
Les récits de guérison dans les Évangiles ne sont jamais le simple renversement d’une infortune physiologique. C’est à travers les miracles que Dieu travaille, à travers les forces politiques, l’action sociale, l’intrigue, le chaos personnel et sociétal et à travers la vie quotidienne ordinaire, pour nous relever là où nous avons chuté et nous rediriger vers le droit chemin.
L’histoire présentée aujourd’hui, celle de la guérison du paralytique, réunit plusieurs aspects du début du ministère de Jésus dans l’Évangile de Marc. L’histoire clôt une série de guérisons miraculeuses qui ont commencé et se terminent à Capharnaüm (Marc 1,21; 2,12). Pour des raisons inconnues, Marc nous dit que Jésus a relocalisé son ministère dans ce village de pêche sur la rive nord-ouest de la mer de Galilée. C’est de là que Jésus a appelé cinq de ses disciples.
Le récit d’aujourd’hui (Marc 2,1-12) rend explicite ce qui était implicite dans les semaines précédentes : en guérissant les malades et en chassant les démons, Jésus manifeste le pardon de Dieu pour les péchés de son peuple. Dans les Écritures, le péché est souvent assimilé à la maladie (voir Psaume 103,3). Le psaume d’aujourd’hui (Psaume 41) annonce cette scène de l’Évangile : Dieu vient en aide à l’homme sur son lit de malade, le guérit de ses péchés et le rend capable de se tenir debout devant le Seigneur pour toujours.
L’emplacement stratégique de Capharnaüm
La Via Maris était une « autoroute » importante qui partait du littoral et traversait Capharnaüm pour rejoindre Damas et continuer vers l’est. Mais elle passait assez loin de Tibériade, la nouvelle ville à prédominance païenne où, en 25 av. J.-C., Hérode Antipas avait établi sa capitale. Capharnaüm comportait aussi une population mixte composée de pêcheurs, de fermiers, de maîtres artisans, de marchands, de collecteurs d’impôts, etc. Il est important de se rappeler que Jésus a établi la base de son ministère non pas dans une région boisée reculée et inexploitée, ni dans la ville tranquille de Nazareth, mais ici, dans une ville très « cosmopolite » située à un important carrefour géographique, culturel et religieux. Cet emplacement stratégique donnait également à Jésus accès aux villages avoisinants et aux collines au nord et à l’ouest, où il pouvait poursuivre son ministère parmi des auditeurs réceptifs, sans trop d’ingérence des autorités politiques et religieuses. Cet endroit nous donne un indice important pour décoder l’identité et la mission de Jésus.
Du culot et de la créativité
J’imagine Jésus assis dans cette petite maison de Capharnaüm. La foule assemblée autour de lui, si dense que personne ne peut l’approcher. Deux hommes, d’un groupe de quatre, ne manquent pas de culot! Entêtés, audacieux et ingénieux, ils ont décidé qu’il y a d’autres façons de rejoindre Jésus. Ils grimpent sur le toit et retirent les tuiles. Un autre, au sol, reçoit les tuiles qu’on a enlevées. Il s’assure qu’elles ne seront ni brisées ni volées! Après l’événement, il aura probablement veillé à ce qu’elles soient remises en place, histoire de calmer la colère du propriétaire et des voisins après tout cet émoi! Le quatrième homme reste auprès de leur ami paralysé et abasourdi, étendu sur son grabat. Le pauvre type, accoutumé à l’immobilité, est maintenant plein d’appréhension et de frustration, encore que, profondément à l’intérieur de lui-même, il goûte enfin l’espoir.
Lorsque Jésus est interrompu dans son enseignement par l’intrusion abrupte du paralytique qu’on descend du toit, il voit tout de suite la foi des quatre lascars.
Le verset 10 de l’histoire de Marc va droit au cœur du récit : « Eh bien! Pour que vous sachiez que le Fils de l’homme a le pouvoir de pardonner les péchés sur la terre... » Lorsque l’homme s’en va, guéri de sa maladie, tout le monde est surpris. Avec les yeux de la foi, le paralytique et ses amis avaient vu ce que les scribes ne pouvaient voir : l’identité divine de Jésus. Experts de la loi juive, les scribes sont consternés devant ce qu’ils tiennent pour un pur blasphème. Dieu seul peut pardonner les péchés. Jésus semble affirmer qu’il est l’égal de Dieu. L’histoire présentée aujourd’hui enclenche cette reconnaissance. La scène marque la première fois dans les Évangiles où Jésus souligne la foi d’une personne ou d’un groupe de personnes qui viennent à lui (voir Matthieu 9,2; Luc 5,20). Marc relate l’incident présenté aujourd’hui afin de continuer à développer son thème selon lequel Jésus n’a révélé que très graduellement qui il était : le Messie ou le Christ, le Fils de Dieu.
Le débat sur les soins de santé
Essayons d’appliquer les récits évangéliques de guérison des dernières semaines à la situation présente des soins de santé dans plusieurs régions du monde. Je pense en particulier au rôle que peut jouer l’Église pour l’universalité des soins de santé. Certains disent que l’Église et ses ministres n’ont rien à dire à ce sujet! Tout dirigeant ecclésial qui ose parler franchement est tout simplement discrédité et déconsidéré sous prétexte qu’il aurait « revêtu l’armure de l’orthodoxie religieuse » ou qu’il « condamnerait le capitalisme au nom du socialisme ». Dans une économie de libre marché et dans une société riche comme la nôtre au Canada, il y a des gens pour ramener la crise du système des soins de santé à une simple querelle opposant le socialisme au capitalisme.
Les Églises ont quelque chose à dire dans ce débat. L’Église catholique a fourni des soins de santé dès ses origines; elle en connaît long sur les soins à prodiguer aux foules de personnes malades et mourantes. C’est une bonne part de sa raison d’être.
L’un des risques des systèmes privés de soins de santé, c’est que s’ils ne sont pas gérés et supervisés minutieusement, ils pourraient offrir une qualité supérieure de soins médicaux à ceux qui peuvent payer et une qualité inférieure de soins à ceux qui ne sont tout simplement pas capables de les payer. Bien que l’attitude du « premier arrivé, premier servi » puisse s’avérer avantageuse dans certaines circonstances, lorsqu’il s’agit de soins de santé, cela peut causer de graves injustices dans les sociétés partout dans le monde.
Rappelons-nous les paroles du bienheureux Jean-Paul II dans Centesimus Annus, lettre encyclique écrite en 1991 à l’occasion du 100e anniversaire de Rerum Novarum (important document ecclésial sur le capital et le travail publié par le pape Léon XIII) : « Malgré les changements importants survenus dans les sociétés les plus avancées, les déficiences humaines du capitalisme sont loin d’avoir disparu, et la conséquence en est que les choses matérielles l’emportent sur les hommes. » N’est-ce pas là le nœud de l’actuelle crise économique dans le monde aujourd’hui?
Les soins de santé authentiques naissent d’une vision communautaire qui se préoccupe de la santé et du bien-être des individus, des sociétés et des populations entières. Un tel modèle respecte la dignité humaine de l’individu tout en favorisant le sens de la communauté et la confiance. Ce modèle découle d’une vision chrétienne, biblique et universelle qui reconnaît pleinement la dignité sacrée de la vie humaine, de ses premiers instants jusqu’aux derniers moments. L’Église doit continuer d’être une voix forte et claire en faveur de la guérison, de la santé et de la vie dans le monde contemporain. C’est notre mission et notre vocation, qui trouve ses racines dans le ministère de guérison de Jésus.
Partageons-nous la foi du paralytique dans l’Évangile d’aujourd’hui? Avons-nous le culot, la créativité, la persévérance et la persistance de ses amis pour amener quelqu’un au Christ? Jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour rencontrer Jésus? Que sommes-nous prêts à sacrifier pour que nos amis, eux aussi, puissent entendre la parole salvatrice, ressentir le toucher curatif et la présence du Seigneur?
 
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