Deuxième Dimanche du Temps Ordinaire B
1 Samuel 3,3b-10.19; 1 Corinthiens 6,13b-15a.7-20; Jean 1,35-42
En réfléchissant aux lectures de ce dimanche, en particulier à l’appel de Samuel et à celui d’André et de son frère, je me suis souvenu de ce qu’a écrit le pasteur luthérien allemand Dietrich Bonhoeffer depuis sa prison dans l’Allemagne nazie : « Ce n’est qu’en vivant sans réserve les devoirs, les problèmes, les réussites et les échecs, les expériences et les perplexités de cette vie... qu’on devient un homme et un chrétien. » Bonhoeffer a vécu ce qu’il nommait de façon si poignante « le prix de la grâce » de vivre en disciple.

Le prophète Samuel, André et Simon-Pierre ont aussi payé ce prix. Considérons d’abord l’appel de Samuel – récit dramatique qui illustre la dynamique de l’appel de Dieu et qui nous donne un exemple à imiter. Élie était vieux et presque aveugle. Ses fils, prêtres du Temple, avaient été infidèles à Dieu. Leur temps tirait à sa fin et Dieu appela Samuel pour initier une ère nouvelle.
Samuel eut besoin d’aide pour discerner son appel; la sagesse d’Élie et son amitié pour le jeune homme furent nécessaires à Samuel pour entendre vraiment la voix du Seigneur. Quand Samuel eut reconnu que c’était bel et bien le Seigneur qui l’appelait, il devint le grand prophète qui allait, plus tard, discerner la volonté de Dieu pour le peuple au sujet des enjeux religieux, sociaux et politiques.
Lorsque nous nous approchons du Seigneur pour écouter sa Parole, notre plus profonde prière et le cri de notre cœur devraient être : « Parle, Seigneur, ton serviteur écoute. » Mais n’avons-nous pas plutôt l’habitude de crier : « Écoute, Seigneur, ton serviteur parle »?
Au synode des évêques de 2008 sur «
La Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église », Mgr Luis Antonio Tagle, du diocèse d’Imus aux Philippines, a prononcé l’une des interventions les plus importantes. Mgr Tagle a parlé de la disposition à l’écoute de la Parole de Dieu qui mène les gens à la vraie vie. « Écouter est une affaire sérieuse, a-t-il dit. L’Église doit former des auditeurs de la Parole. Cependant, écouter ne se transmet pas tant par l’enseignement que par un milieu où se vit l’écoute. »
Mgr Tagle a suggéré trois pistes pour développer une disposition à l’écoute :
- Écouter dans la foi signifie ouvrir son cœur à la Parole de Dieu, la laisser nous pénétrer et nous transformer, puis la mettre en pratique. C’est l’équivalent de l’obéissance dans la foi. Une formation à l’écoute est une formation intégrale de la foi.
- Les événements de notre monde montrent les conséquences tragiques du manque d’écoute : conflits dans les familles, décalage entre les générations et entre les nations, violence. Les gens sont piégés dans un milieu de monologues, d’inattention, de bruit, d’intolérance et de narcissisme. L’Église peut fournir un milieu de dialogue, de respect, de mutualité et de transcendance.
- Dieu parle et l’Église, sa servante, prête sa voix à la Parole. Mais Dieu ne fait pas que parler. Dieu écoute aussi, spécialement les justes, les veuves, les orphelins, les persécutés et les pauvres qui n’ont pas de voix. L’Église doit apprendre à écouter de la même façon que Dieu écoute et elle doit prêter sa voix aux sans-voix.
Dans le récit de l’Évangile pour le deuxième dimanche du temps ordinaire, c’est Jésus qui prend l’initiative, qui fait le premier pas. Sa question aux disciples est intrigante : « Que cherchez-vous? » (Jean 1,38). Loin d’être une interrogation banale, ces mots supposent un questionnement profondé- ment religieux et théologique. « Pourquoi », demande Jésus, « venez-vous à moi pour des réponses? » Ils lui demandent : « Maître, Rabbi, où demeures-tu? » (verset 38) Les verbes « vivre », « demeurer », « habiter », « résider », et « loger » reviennent quarante fois dans le quatrième Évangile. Ils expriment avec concision la théologie de Jean sur la présence de Jésus venant habiter en nous.
Les disciples ne s’inquiètent pas seulement de savoir où Jésus dormira cette nuit-là; ce qu’ils veulent savoir, en réalité, c’est la teneur de sa vie. Jésus leur répond : « Venez et vous verrez » (verset 39). Deux mots chargés de sens tout au long de l’Évangile de Jean – « venir » à Jésus est utilisé pour décrire la foi en lui (cf. Jean 5,40; 6,35.37.45; 7,37). Pour Jean, « voir » Jésus d’une perception réelle, c’est croire en lui.

Les disciples commencèrent leur vie de disciple quand ils virent le lieu où demeurait Jésus et qu’ils « restèrent auprès de lui ce jour-là » (Jean 1,39). Ils ont répondu à son invitation à croire, ils ont découvert ce qu’était sa vie et ils sont restés; ils ont commencé à vivre en lui, et lui, en eux. Lorsque André eut mieux connu Jésus, il alla « trouver son frère » Pierre et il « l’amena à Jésus » (versets 41 et 42). Toute cette expérience atteindrait son point culminant quand les disciples verraient sa gloire sur la croix.
Que pouvons-nous apprendre des récits de vocation des lectures de ce dimanche? Nous ne sommes jamais appelés pour notre bénéfice personnel, mais pour celui des autres. Israël a été appelé par Dieu au bénéfice des impies qui l’entouraient. Dieu appelle les chrétiens pour le bien du monde dans lequel nous vivons.
L’appel ne requiert pas de notre part la perfection, mais seulement la fidélité et l’écoute du sacré. Samuel et les prophètes d’Israël, les pêcheurs de Galilée et même les collecteurs d’impôts que Jésus a appelés n’ont certainement pas été appelés en raison de leurs qualifications ni de leurs accomplissements. Paul dit que Jésus a choisi « ce qu’il y a de fou » pour que les sages soient humiliés. C’est un appel dynamique qui implique une réponse entière de notre part. Nous ne serons jamais plus les mêmes parce qu’il nous a appelés, aimés, changés et qu’il nous a faits à son image. Parce qu’il nous a appelés, nous n’avons d’autre choix que d’en appeler d’autres à le suivre.
Comment avez-vous été arrachés à la routine de votre vie, aux frustrations du quotidien et du travail? Quel nouvel objectif voyez-vous émerger dans votre existence parce que Dieu vous a appelés? À travers qui avez-vous ressenti l’appel du Seigneur dans votre vie? Avez-vous appelé quelqu’un à suivre le Seigneur récemment?
Père Thomas Rosica
Directeur général, Fondation catholique Sel et Lumière média
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